Toulouse : Octobre 2024

Gérard Escande

Pompes Funebres

Ce mois-ci à quelques jours de la Toussaint, nous avons rencontré Gérard et Rachida Escande, les propriétaires des Pompes Funèbres ACF Escande afin d’avoir un autre point de vue sur une des période les plus complexe que nous ayons à vivre : Le deuil 

Faire ce métier est une véritable vocation

L’entreprise a pignon sur rue et donne sur une des avenues principales qui traversent Trèbes, une commune proche de Carcassonne. A l’intérieur l’espace est conséquent et nous montre des dizaines de plaques funéraires en granit, en marbre ou encore en pierre polies. Il y en y a pour tous les goûts et de toutes les couleurs, des roses, des grises, des blanches… Un peu plus loin, des galets du souvenir ornés de maximes censées rappeler à chacun le caractère des disparus. Là bas, des urnes aux formes arrondies… De styles classiques ou modernes avec des décorations graphiques leur conférant un caractère d’objet de décoration un peu moins austère. Ici ce sont des dizaines de plaques transparentes sous lesquelles apparaissent des photos de personnes de tout âge et de toutes conditions, des couchers de soleil aux couleurs si apaisantes, des fleurs… Puis enfin, dans le fond de la boutique un coin réservé aux enfants. Tout y est blanc, les petits angelots, les plaques, les vases, les bougies…

Derrière son comptoir, Rachida, épouse de Gérard Escande dirigeant de la société Pompes Funèbres ACF ESCANDE, travaille sur son ordinateur et  prépare une photo représentant une jeune femme debout dans la verdure, tout de blanc vêtue, Son visage est éclairé d’un immense sourire, montrant sa farouche joie de vivre. Image d’une vie passée, souvenir d’un destin brisé, d’un bonheur fauché de la plus injuste des façons… Rachida donne une forme de coeur à la photographie, en utilisant plusieurs valeurs de plan, en pied ou en portrait afin que la famille puisse choisir ce qui représentera au mieux cette jeune maman, bien trop tôt disparue. Rachida travaille avec soin et met en avant ce portrait avec respect et humanité pour que ses proches retrouvent la tendresse, l’amour et l’énergie positive de cette disparue. Un portrait ce doit être représentatif de la personnalité, car dans quelques années, cette photo sera la dernière image que la plus part des siens garderont d’elle. Souvenir d’un instant fugace, d’une journée délicieuse appartenant au passé, mais gravée dans le marbre… 

Rachida Escande ne fait pas que retravailler des photos pour préparer des plaques funéraires, elle s’occupe aussi de l’accueil des familles lors de ce moment si difficile qu’est la perte de l’un de ses membres.

Nous nous occupons de tout, c’est à dire des avis de décès dans la presse, des formalités administratives, des contacts avec les différentes autorités religieuses et enfin de l’inhumation ou de la crémation. Nous aidons les familles endeuillées à choisir les urnes, les cercueils, les fleurs… mais cela s’applique aussi pour le choix de tel ou tel type de cérémonie, laïc, religieuse, athées…

Ce qui fait la différence c’est l’humanité dont nous faisons preuve. Les personnes sont dans la douleur et nous ne sommes pas là pour leur vendre les produits les plus chers. Nous sommes là pour les accompagner et les aider à faire ce qu’il faut quand tous les sens et les différents repères sont altérés par une douleur incompressible. Nous ne pouvons pas supprimer leur peine, mais nous pouvons les soulager de tout ou du moins d’une très grande partie matérielle en ce qui concerne les obsèques proprement dites.

Pour cela, les dirigeants de la société ont créé des petits bureaux, un peu au calme, retirés de la boutique afin de respecter l’intimité et la douleur de chacun. 

Il y a bien sûr le coût financier des obsèques que nous devons prendre en compte. Mais aujourd’hui beaucoup de personnes ont passé des contrats obsèques avec des compagnies d’assurance ce qui soulage les familles, mais si ce n’est pas le cas, les choses sont claires depuis le début et nous faisons en fonction de leur budget. Encore une fois, nous ne sommes pas là pour vendre le plus cher, mais pour rendre un dernier hommage au défunt avec tout le respect qu’on lui doit. Vous savez, quand j’ai rencontré mon mari, Gérard, nous étions déjà sur la même longueur d’onde et c'est ça le plus important. Nous avions cette même empathie pour les personnes dans la douleur et le respect de la personne disparue.


Une cérémonie d’adieux, importante pour tous

Parfois, Gérard maître de cérémonie, fait des enterrements de personnes seules ou abandonnées par la vie. La cérémonie est la même que pour les autres. Même si la personne vivait chichement, il faut la considérer en tant qu’être humain. Cette personne a aimé, a été aimée, a peut-être donné beaucoup pour les autres, a eu des joies, des peines… Aujourd’hui, elle va disparaître pour toujours, alors la moindre chose que l’on puisse faire, c’est d’honorer sa dépouille pour tout ce qu’elle fut. Gérard et Rachida exigent de la décence pour tous, la maladie et la mort effaçant tout type de classes sociales. 

Chaque famille est différente. Il y en a qui viennent déclarer le décès d’une personne dont la mort était plus ou moins attendue suite à une longue maladie ou à un âge avancé… Généralement, la douleur, même si elle est forte, ne se lit pas trop sur leurs visages. C’est plus une douleur interne, personnelle, et qui va dans le sens de la vie. 

Mais, il y a aussi des familles pour qui la mort de l’être aimé est soudaine, violente ou inattendue. C’est donc beaucoup plus compliqué à gérer, car la perte d’un enfant, d’un jeune adolescent, ou d’un membre de sa famille suite à un accident laisse l’entourage complètement perdu et déboussolé. Sans oublier ce sentiment d’injustice et d’incompréhension qui plane au-dessus d’eux…

Nous les recevons ici, dans cet endroit calme et retiré pour aborder avec eux le déroulement des obsèques, de la cérémonie, des animations éventuelles avec photos, diaporamas, montages vidéos ou sonores…Nous leur proposons de réaliser un hommage qui leur ressemble, ou qui représente le défunt tel qu’il était. Puis, nous essayons de ne pas parler que de ça. Souvent les familles évoquent les circonstances du décès et à cette occasion nous abordons aussi la personnalité du défunt. Nous effleurons un peu ce qu’il y avait autour de cette personnalité, l’amour que tous lui portaient… C’est souvent bien pour eux et cela « adouci » pendant quelques minutes leur incroyable peine.

La société actuelle est construite de religions et de sensibilités très différentes les unes des autres. Gérard et Rachida doivent s’adapter et proposer une multitude de choix respectant les croyances de la famille et du défunt.

On leur demande s'ils sont religieux, de pouvoir faire les démarches auprès de leur paroisse. Dans le cas des musulmans, Gérard appelle  l’Imam et les personnes pour la toilette. Une fois ces cérémonies terminées plus personne ne touche le corps, puis le cercueil est fermé avant d’être transporté à la mosquée puis au cimetière ou en rapatriement.

Idem pour les religions Judaïques où les corps ne doivent être touchés que par des personnes religieuses accréditées à pratiquer les rituels. Il y a aussi des familles qui souhaitent garder les corps à la maison. Nous nous adaptons à tout, toujours dans le respect des rituels et des croyances de chacun.

Dans le cas d’enterrements civils, le maître de cérémonie, Gérard, propose des poèmes qui sont adaptés au contexte du décès, pour que ce ne soit pas trop rapide. Nous faisons toujours une petite cérémonie avec quelques mots en considération du défunt. Si personne ne souhaite parler à cause de l’émotion, c’est nous qui prononçons ces hommages. Nous sommes arrivés au point où nous donnons le maximum de nous-mêmes vis à vis du disparu. Quand la famille vient et nous remercie encore et encore, parce que la cérémonie était exactement comme ils l’envisageaient, c’est que nous avons réussi à atténuer très légèrement la douleur pour ne garder que le souvenir.

L’émotion est palpable dans le regard de Rachida…  Nous sommes dans un lieu où la tristesse est de mise. La maîtresse des lieux, en personne très solaire, éclaire les locaux avec son sourire avenant. Cernée par les plaques funéraires, les maquettes de cercueils et les souvenir post-mortem de toutes sortes, elle prend le temps d’accueillir, puis d’écouter et de conseiller d’une voix douce, calme et sereine. Contraste entre des visages rougis par les larmes, fatigués par le manque de sommeil et la réalité de la vie… qui continue malgré tout. Elle est souvent la première personne qui reçoit les familles juste après le drame et par ce fait devient une transition entre les deux mondes. Elle sert de guide et de conseil pour que la dernière cérémonie du défunt soit à la hauteur des espérance de ses proches, tout en assurant la continuité de l’existence. 

Mais on essaie de toujours garder le sourire. Il y a même des moments où nous avons fait rire des familles, en leur permettant de s’apaiser en nous narrant des anecdotes. Ils rient aussi, pour se soulager, parce que c’est trop dur, et que dans ses moments de tension, il faut évacuer la pression. Le rire en est un des moyens mais sert aussi à rappeler les bons moments passé avec ceux qui viennent de partir. Une façon de prolonger la vie, de repousser le moment des adieux ultimes. Puis les choix sont fait en corrélation avec la famille. Le deuil est certes un moment compliqué, mais la vie continue et le plus beau pied de nez que l’on puisse faire à la mort, c’est la vie !

Malgré le nombre de personnes concernées qu’elle aide, Rachida ne s’habitue pas et ne reste pas insensible à la mort. Chaque être humain est une nouveauté, une chose exceptionnelle et surtout est unique !

Il y a des gens qui me demandent comment je fais pour travailler dans ce milieu. Certains sont même gênés d’entrer dans le magasin, entourés de tout cet art funéraire. Mais moi, je me dis que c'est une satisfaction propre. Il y a des fois où je suis fière même de pouvoir aider les gens. En fait c’est un plaisir de rendre service, de rendre les honneurs à la personne décédée. Il faut une certaine formation et une certaine prédisposition, mais pour moi, ce n’est pas du tout une épreuve, mais plutôt un geste naturel. Ma propre mère est décédée il y a neuf ans. Nous nous en sommes occupés avec Gérard et l’avons ramenée à domicile. Une personne était là pour faire la toilette mais son assistante était absente. J’ai tenu à la remplacer car après tout ce qu’avait fait ma mère pour moi, je voulais le lui rendre. Donc on a fait la toilette, on la habillée. Je l'ai même mise dans le cercueil… Et cela m’a touchée de lui rendre cet hommage et je me suis dit qu’elle aurait aimé que je le fasse.

Disponible en tout temps et à toute heure

Ce couple ne déconnecte jamais et reste en contact permanent avec le travail. Sa règle première est de ne jamais fermer la porte de la boutique. Même à la maison, ils reste les gérants de leur société et si  un décès survient à 3 heures du matin, Gérard se lève et se rend aussitôt sur place. Dans les hôpitaux ou les Ephad, il ne pourra pas récupérer les corps avant le lendemain, mais le fait d’être là, de parler  aux personnes qui viennent d’assister aux derniers instants et de prendre en main les toutes premières démarches est un grand réconfort pour elles.

Prendre en charge les familles c’est en premier s’occuper du défunt et préparer son inhumation. Mais au moment du décès, c’est plutôt les familles qui ont besoin de quelqu’un. 

Donc, nous, on est là, proches d'eux, pour les conseiller, pour les aider, pour les assister dans tout ce qui touche à l'organisation des obsèques.

Cela demande d’avoir beaucoup d’empathie car parfois il y a des problèmes familiaux et nous devons faire le tampon pour concilier un peu tout le monde. Il y a des familles où les tensions sont très très  fortes. Il m’est arrivé de me mettre en colère et d’appeler la police pour éviter une atteinte au respect et à la décence du mort…

J’ai souvenir d’une cérémonie très tendue et à la fin, sur les marches du crématorium une femme est venue me demander si tout était fini pour nous. Dès que j’ai acquiescé, elle a attrapé une autre femme et elles se sont battues à coup de sac à main…

Mais il y a aussi une partie du métier qui reste peu connue. C’est la récupération des corps. Qu’il s’agisse d’une maladie, d’un suicide, d’un meurtre ou d’un accident, il faut récupérer les personnes et les ramener au salon mortuaire. Quand il y a des enfants c’est dur… Et récupérer un corps après un suicide ou après un attentat n’est jamais une chose facile. D’ailleurs, les personnes qui travaillent pour Gérard Escande sont tous d’anciens militaires ou d’anciens gendarmes, car malheureusement ces professions côtoient la mort assez fréquemment et savent se comporter avec tout le respect dû à la personne que nous sommes venu chercher. Puis il faut préparer les corps pour que la famille puissent rendre le dernier hommage. Dans certains cas, c’est compliqué et Gérard passe la nuit à « réparer » les défunts pour que les familles ne soient pas choquées. Quelques fois, même avec des soins de Thanatopraxie, voire de chirurgie plastique, la chose s’avère impossible et les cercueils sont fermés avant l’arrivée des proches car c’est cette dernière image qui restera gravée dans la mémoire… Inutile  de rajouter du malheur à une scène déjà bien dramatique.

Gérard est le maître de cérémonie. Une fois que Rachida a vu les détails avec les familles, c’est lui qui prend en charge le reste. Il sera le seul référent pour les proches et même s’ils ont une dernière demande, il fera tout pour la satisfaire. Puis il organise les cérémonies, que ce soit à l’église, à la mosquée ou dans un temple avant l’inhumation ou la crémation.

Je respecte tous les rituels et toutes les religions, car ils sont dans l’intérêt des familles. Parfois certains me disent que je suis plus au courant qu’eux mêmes pour ce qu’il convient de faire. Notre but est de ne pas proposer une cérémonie stéréotypée mais quelque chose de personnalisé qui correspond au désir des proches, une cérémonie que le mort aurait pu aimer.

En 2018, Gérard Escande a officié lors de la cérémonie des attentats du 23 mars au Super U de Trèbes, puis pour la cérémonie en hommage aux disparus suite aux inondations du 15 octobre de la même année.

C’était quelque chose de très important car il y avait des ministres et tout un tas de personnalités venues pour l’occasion. Il y avait un peu de pression, mais ce qui m‘importait le plus, en tant que maître de cérémonie, c’est le respect dû aux familles. La pression, je me la mets tout seul, je fais des plans, des placements pour que tout soit carré, sinon il y aura des erreurs. Les proches sont et resteront à mes yeux les personnes prioritaires. C’est leur deuil, leur souffrance et quoiqu’il arrive nous nous efforcerons de faire entrer leur demandes dans les protocoles de « l’hommage de la nation envers les disparus ». Même si certains des défunts se sont comportés comme des héros, ils n’en restent pas moins des maris, des pères, des frères, des amis aimés bien trop tôt disparus. Donc il faut protéger les familles en priorité, et leur permettre de faire la cérémonie qu’ils souhaitent. Tout le reste n’est qu’une question de gestion entre les serviteurs de l’Etat et nous. Par ailleurs, nous avions reçu les remerciements du Premier Ministre de l’époque, Monsieur Edouard Philippe, pour la bonne tenue et pour l’organisation des obsèques tournée vers les familles.

Chacun est différent et surtout chacun est unique

 Les pompes funèbres ACF Escande ont parfois été demandées pour des enterrements de personnalités du monde du spectacle tel que René Coll, responsable de l’orchestre du même nom. Là aussi un enterrement compliqué à cause de la popularité du défunt. Il a fallut évacuer l’église car les personnalités publiques et surtout les fans avaient envahi les lieux sans aucun respect pour la famille. En tant que maître de cérémonie, il a le pouvoir de faire intervenir les forces de l’ordre si nécessaire. Ce qu’il a fait afin que l’épouse, sa famille et ses musiciens puissent assister à la cérémonie dans l’église. Complexe de retenir une foule qui écraserait tout sur son passage pour tenter d’apercevoir un bout du cercueil ou essayer d’approcher des stars venues se recueillir aux obsèque d’un ami… 

Gérard fait aussi des rapatriements de corps. 

Quand c’est en Europe, je le fais en voiture. Sinon c’est par avion. Ce matin, nous avons fait partir un corps en Algérie par les airs. Il a été récupéré par une société avec laquelle je travaille depuis 20 ans dans ce pays. Tout se fait en confiance et je rassure les familles en leur expliquant qu’ils auront la même qualité de service que si c’était nous qui l’avions fait.

Demain je vais faire 2 000 Kilomètres pour ramener un corps à Reims puis en prendre un autre au retour à Montpellier pour venir ici à Carcassonne. Le fait de conduire pendant si longtemps me permet de décompresser et de me retrouver dans ma foi. Je me retrouve seul avec moi-même, en accord avec mes propres convictions. Cela m’aide à supporter de vivre en permanence dans l’entourage de la mort. Cela peut paraître paradoxal, mais c’est la mort qui donne un sens à ma vie. Je fais ce métier par choix et surtout par vocation. Aider les autres à traverser une épreuve difficile fait partie de mon ADN. Avant j’étais ambulancier, confronté très souvent à ceux qui sont dans la souffrance. Car la première chose à comprendre de ce métier, c’est qu’il faut être tourné vers les autres, et respecter l’être humain avant tout. J’ai beaucoup de chance d’être épaulé par Rachida qui possède les mêmes valeurs. Nous nous comprenons sans nous parler et s’il faut que je parte un week-end, en pleine nuit ou pendant un jour de repos, elle sait que je le fais avec mes tripes, avec tout mon coeur !

D’ailleurs, dans un coin du bureau se trouve un carton remplie de lettres de remerciements déposées par les familles. Le leitmotiv est le respect des disparus. La plus part de ces petits mots évoquent une cérémonie à la hauteur de la personne, certains n’hésitant pas à affirmer que le défunt « aurait apprécié ce moment », qu’il était « très représentatif de sa personnalité… » 

C’est essentiel car nous donnons beaucoup à chaque famille et ces remerciements viennent directement du fond de leur coeur. Un enterrement conclu une vie ! Cette cérémonie est relativement courte au regard d’une existence, et ne dépasse généralement pas une heure de temps. Dans ce délai, nous devons aller à l’essentiel, faire ressortir le meilleur du défunt pour que sa famille, ses amis lui disent adieu dans une même unité tout en s’accordant sur une façon d’être à l’image de cette personne disparue. C’est une démarche très importante pour les familles, car ce moment restera gravé longtemps dans leur mémoire.

Ne pas faire dans le paraître, mais se réunir dans la sincérité et la simplicité. Gérard est bien introduit dans la communauté des gitans, assez importante dans la région. Pour ce peuple, la mort est particulière et ils n’hésitent pas à paraître pour se montrer, parfois à outrance. Gérard leur conseille, par exemple, de mettre l’argent dans la cérémonie plutôt que d’acheter le cercueil et les ex-voto les plus dispendieux. Faire venir un petit orchestre, laisser du temps pour la musique et pour les hommages, sans oublier la présence forte de la religion est bien plus important pour le respect du défunt que l’aspect du cercueil. A tel point qu’aujourd’hui, c’est en toute sérénité qu’ils lui confient leurs morts parce que : « Avec toi, on sait que ce sera bien… »

Gérard et Rachida ont choisi leurs équipes et on réussi à leur faire passer les valeurs qu’ils prônent. Le costume 3 pièces tiré à quatre épingles, les véhicules toujours impeccables, ne pas fumer et bien se tenir; c’est le respect du travail que l'on fait, c’est le respect de l'entreprise et c'est le respect du mort, et de sa famille. Si on ajoute la discrétion et l’empathie, on obtient les cinq règles qui régissent la conception de leur métier.

Je suis ainsi, je ne triche pas !

Mais Gérard est un peu inquiet pour l’avenir de sa profession car il voit de plus en plus d’entreprises se monter dans ce secteur, uniquement pour faire du Business, sans vraiment tenir compte des familles. Le 8 janvier 1993, il y a eu l‘abandon des monopoles de l’état sur le marché des pompes funèbres avec l’arrivée de Roc-Eclerc. Ce fut une bonne choses, mais petit à petit un autre monopole, privé celui là, est en train de se mettre en place. De gros groupes, des assurances, des mutuelles, des fonds d‘investissement s’impliquent de plus en plus dans ce marché et cela ne lui plaît pas du tout. 

Ce n’est pas le même service. Eux doivent avant tout faire du chiffre et n’ont aucun sentiment envers les familles qui sont juste un numéro de dossier. Ces dernières sont trop souvent confrontées à une multitudes d’intermédiaires et leur dossier passe de mains en mains. S’il appellent la nuit, ils tombent quasiment à chaque fois sur un standard demandant de rappeler à partir de 9 heures le lendemain…

C’est la réalité !  En Espagne, aujourd’hui, il n’y a plus que cinq ou six grosses sociétés sur ce secteur et ce sont eux qui décident. ils mettent les familles dans des cérémonie standardisées en fonction de leur ressenti et non pas en fonction du désir réel de la famille. Il n’y a plus de place pour la personnalisation des obsèques et en cas de soucis, tous les interlocuteurs se renvoient la balle…

Moi, je ne voudrais pas voir ces méthodes arriver chez nous. Nous avons fait une réunion l’autre jour et j’ai clairement expliqué qu’un conseiller qui prend en charge un décès, le prend jusqu'à la fin, jusqu'à l’inhumation. S’il y a des plaques à faire, il s’en occupe. Comme ça, on sait qu'il n’y a qu'un seul acteur. Et ça c’est important ! Les proches ont assez de soucis comme cela, sans que nous ayons à en rajouter. Ils sont dans la douleur, l’incompréhension et font face comme ils le peuvent à cet évènement dramatique qui peut les laisser complètement anéantis. Alors, avoir un seul interlocuteur, en qui ils font confiance, c’est vital pour eux ! 

Pour le moment, Gérard et Rachida s’occupent jour et nuit de leur entreprise, ne pensent pas s’arrêter et continueront à donner de leur personnes pour aider les autres à traverser l’épreuve terrible que représente l’enterrement d’un être aimé.

Quand tu as cette niaque pour ton travail, tu t’obliges à décompresser dès que tu peux, mais enfin, tu as quand même une case, une fenêtre qui reste constamment ouverte. Il est impossible de la fermer, de faire comme si cela n’existait pas. La mort fait partie de ma vie, c’est mon quotidien, c’est ma vocation, et je n’arrive pas à décrocher, parce que je sais pas de quoi sera fait demain si j'ai plus ce contact. Le contact que j'ai avec les gens, les administrations, les différentes autorités religieuses… Tout cela est enrichissant et les gens, tu les vois plus de la même façon après cette épreuve. Et eux aussi ne te vois plus de la même façon. Et ça, c’est moi, c’est ma vie. Parce qu’en fait, quoiqu’il arrive, je respecte l’être humain plus que tout, j’aime la vie et surtout je ne triche pas…

 

Philippe Vignon

Octobre 2024
 

Gérard Escande
Gérard Escande
Gérard Escande
Gérard Escande
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Gérard Escande
Gérard Escande
Gérard Escande
Gérard Escande
Gérard Escande
Géérard Escande

Dans cet article, n'hésitez pas à cliquer sur les photos pour découvrir des petits bonus vidéos

Toulouse : Juillet 2024

Loïc Honoré
Moniteur de plongée

Anses d'Arlet, Martinique

Ce qui donne un sens à la vie de Loïc, c’est un ensemble de choses réunis au même endroit au même moment. A ses côtés, Chloé sa compagne, partage le même amour que lui, pour l’ile aux fleurs. Une ile, des flots bleus, une faune et une flore exceptionnel dans laquelle nous pourrions évoluer chaque jour… En fin de compte, même si tout n’est pas rose en ce bas monde, c’est peut-être ça l’idée d’une vie au paradis !

Depuis Paris, il faut compter environ 9 heures de vol en A 330, subir un  décalage horaire de -6 heures et affronter un climat tropical avant de  rencontrer Loïc Honoré, moniteur de plongée sous-marine, à  Grand’Anse, dans la commune des Anses-d’Arlet, en Martinique.  A une heure de route, au sud de Fort de France, la baie est exposée plein ouest, face à la mer des Caraïbes, à l’abri des vents dominants grâce au relief des hauts mornes l’encerclant. La mer, d’un bleu profond, est calme alors qu’au loin la houle est beaucoup plus forte et rappellent aux éventuels aventuriers que la mer des Antilles est loin d’être sereine.  Dans le ciel, les nuages filent à toute vitesse vers le Sud Ouest, poussés par les alizés, tout en dessinant des ombres géométriques et biscornues sur les collines boisées environnantes…  

Un endroit calme, propice au délassement, car ici nous semblons être  bien loin de toutes les vicissitudes de notre monde. Plage de sable fin,  eaux cristallines, ciel bleu, nuages très blancs, le tout cerné par une végétation luxuriante. 

Sur la plage, à l’endroit même où viennent mourir la mer des Caraïbes, quelques bars et restos aux noms évocateurs « l’Arbre à pain, l’Amandier des îles, le Pélican… » sont éparpillés au milieu des barques et des filets de pêche. Le lieu idéal pour se délasser après une journée de boulot, en dégustant bière ou ti’ punch à l’heure dorée, quand la mer et le ciel se parent d’or au moment du couchant…  

Pas encore de tourisme de masse, mais deux ou trois clubs de plongée  proposent des sorties en mer pour découvrir « La Crique Abricot »,  « La petite sirène », « l’épave du Nahoon » ou encore le fameux rocher du Diamant, situé à une demie heure de mer de là. Il y en a pour tous les goûts, pour tous les styles… 

Mais pas besoin d’être un pro des bouteilles à Grand’Anse, masques,  tubas, palmes suffisent pour s’immerger dans un véritable aquarium. A quelques mètres du rivage de sable fin, le fond de la baie est tapissé  d’un immense gazon, fait d’herbes marines en tout genre… Beaucoup  de poissons, des gros, des petits, des rouges aux nez en trompette, des  minuscules presque transparents… Tout ce beau monde défile comme à la parade, passant entre vos jambes, surgissant derrière vous à la vitesse de l’éclair tout en affichant sans complexe des pyjamas à rayures jaunes, bleues, rouges… Avec un peu de chance, il est possible d’apercevoir, comme semblant sortir de nulle part, des tortues remontant lentement respirer à la surface, sans se soucier de votre présence. Sur le fond sont parsemées ça et là des étoiles de mer, rouges, oranges, jaune qui se prélassent en se nourrissant d’herbe. Bien entendu, interdiction formelle de toucher, caresser ou d’attraper l’une ou l’autre de ces merveilleuses créatures, sous peine de leur refiler des microbes ou des bactéries mortelles… 

Dans certaines anses, toute cette faune a purement et simplement disparu suite à des maladies attrapées aux contacts d'humains un peu trop curieux. Les tortues inoffensives, mais classées comme une espèce  sauvage protégée, évoluent en toute liberté et semblent être à la portée  de tous. Pourtant, ici on ne touche qu’avec les yeux, aucune caresse  sur la faune et la flore n’est admise ! 

Qui aurait l’idée d’aller caresser un ourson si mignon, ou un lion en liberté…  

C’est là dans ce petit éden que travaille Loïc, le moniteur de plongée.  Son bureau ouvert aux quatre vents est quasiment sur la plage, à moins  de 10 mètres de l’eau… 

Un dimanche au rocher du Diamant

Un peu plus loin, le Kalliste, bateau à moteur pourvu d’une coque  blanche, attend sa cargaison de plongeurs. Nous sommes dimanche, il  est 8 heures du matin et les plongeurs équipés de leur combinaison  entrent dans l’eau pour rejoindre le navire à la nage. A bord se trouve  déjà toutes les bouteilles chargées la veille au soir et prêtes à servir  pour les deux plongées de ce matin. Grâce à l'échelle de plongée, tout  le monde retrouve à bord Solène, récemment diplômée, qui nous souhaite la bienvenue en nous narrant l’historique du nom de ce bateau. Il est question d’une histoire d’amour prenant racine dans la mythologie grecque et se finissant dans les étoiles auprès de la Grande et la Petite  Ourse… 

Puis, Solène met le cap plein sud, vers le site du Diamant, et il faut  compter une bonne demi-heure pour y arriver. A l’approche du site, la  mer est souvent agitée car nous traversons la « Passe des fous », point 

de rencontre entre le « Canal de Ste Lucie » et la mer des Caraïbes.  Dur de garder son petit déjeuner, et on comprend facilement d’où vient  le nom de la passe… 

A bord, l’ambiance est souriante et détendue, car ces plongées dominicales sont un moment très convivial, partagé par des clients habitués qui apportent souvent des viennoiseries pour prendre une collation après la première plongée. A bord, le club fournit déjà des gâteaux, de l’eau fraîche, du sirop et du thé chaud. Apparemment, les plongées ouvrent l’appétit… 

Vers 9:15, mouillage sur un corps mort à 5 mètres du gros rocher. Le  Kalliste, moteur coupé, se comporte alors comme un véritable bouchon  de liège et nous sommes soumis au tangage et au roulis des flots. De plus, il n’y a plus de vent et la température augmente d’un seul  coup… Déjà 31°, et il n’est que 9 heures du matin… 

Clémence attend déjà dans l’eau pour éviter le mal de mer, et au moment de plonger ses coéquipiers lui passeront son équipement. C’est vrai qu’il faut avoir l’estomac bien accroché… 

Malgré une température constante de 28° en surface, le corps se refroidissant 25 fois plus vite dans l’eau que dans l’air, tout le monde porte une combinaison… La roche basaltique dont la forme légèrement biseautée rappelle un diamant, mesure 175 mètres de haut et n’est habité que par des oiseaux qui tournent au-dessus de nous en piaillant. Par endroit, le rocher est devenu blanc à cause de la fiente de tous ces adorables volatiles…  Heureusement que le bateau possède un toit de toile… 

Interdiction absolue d’aborder le rocher, qui est rattaché à la commune  Martiniquaise du Diamant, bien que toujours considéré, et ce depuis  l’époque Napoléonienne, comme l’un de leur navire par les Anglais, le  HMS Diamond Rock…  

Aujourd’hui c’est une réserve naturelle protégée française, abritant de  nombreuses espèces d’oiseaux endémiques des Caraïbes.  

Le fond de la mer est situé à une vingtaine de mètres sous la coque,  mais à peine plus loin, il descend rapidement jusqu’à environ -60 voire  -100 mètres par endroits.

Quentin, directeur de plongée (DP) aujourd’hui, fait un grand briefing  général, sur les consignes de sécurité avant le départ de chacune des  palanquées. Les plongeurs et leurs moniteurs vont se balader autour du gros rocher,  sans oublier de passer par la faille du Diamant situé à -18 m de fond. Certains, suivant leur niveaux, vont descendre jusqu’à -40 mètres… Impressionnant et magnifique de suivre les espèces de poissons qui déambulent de part et d’autre. Parfois on peut croiser des tortues, espèces différentes de celles de Grand’Anse, des raies, des poissons lions, des barracudas… 

Le spot est réputé pour sa beauté et la multitude de plongées possibles, car c’est un univers de roches planté dans le sable qui tapisse le fond du canal de Ste Lucie. De par la disparité des espèces, il est devenu un véritable garde-manger, et abrite une grande quantité de la  faune environnante… De plus, de 0 à -60 mètres environ, l'eau y est très claire, permettant une exploration plus agréable pour les yeux, les lampes rehaussant juste les couleurs de ce milieu.

Tout le monde est parti, seul Loïc reste à bord, car il est en sécu ce dimanche matin. Il vérifie la pression de chacune des bouteilles prévues  pour la plongée suivante. Une fois fait, son regard se porte sur la mer,  afin d’y déceler les traces de bulles d’air éclatant à la surface et lui permettant de situer sans problème les différentes palanquées. Bon,  faut avoir l’habitude… 

Et enfin, il doit aussi surveiller la navigation de surface afin de protéger les plongeurs… 

Cette surveillance va durer plus de 3/4 d’heure et c’est là, ballotté par la  houle, les yeux fixés sur les vagues que ce Toulousain, âgé de 29 ans, prend le temps de nous expliquer son parcours. 

J’ai pris 1000 chemins pour arriver à la plongée sous-marine

Quand Loïc était jeune, il aimait le sport, et pratiquait la natation depuis  l’âge de 7 ou 8 ans. Tous les étés sont passés à la Méditerranée, dans  l’appartement familial de Canet en Roussillon, ou dans des campings situés au bord de l’océan atlantique. Son père pratique la planche à voile, mais à l’époque il fallait au moins 3 planches, 4 mâts, des voiles  courtes, des longues etc… pour pouvoir pallier à toutes les conditions  météo. 

Pour ses 50 ans, nous lui avons offert un stage de kitesurf qui ne nécessitait pas d’avoir autant de matériel. Il a souhaité le faire avec moi… J’ai aimé et du coup j’ai beaucoup pratiqué en laissant tomber la plongée  pendant pas mal de temps.  

Un peu plus tard, sa sœur qui travaille pour une grande enseigne de  sport, organise des journées Vital Sport pour faire découvrir des activités aux clients. Sur le parking des magasins, sont installées plein de structures pour découvrir le VTT, le trek, le golf, le tir à l’arc, etc… 

 Il y avait une piscine et j’ai passé l’après-midi dans l’eau à faire de la  plongée. J’ai kiffé ! 

Après son baccalauréat, il continue toujours à pratiquer la natation avec  un peu de plongée et fait son entrée en STAPS, qui correspond à ses  ambitions. Il souhaite devenir prof d’Education physique et Sportive. Première année, sans soucis et Loïc découvre la vie d’étudiant, avec  tout ce que cela comporte. Appartement, fêtes, liberté etc…  En deuxième année, il choisit l’option plongée, qui peut lui permettre  d’avoir un vrai diplôme à la clé. 

Redécouverte de la plongée, avec stage à Banyuls et tous les jeudis en  fosse à Ramonville St Agne. Niveaux 2 obtenu à Banyuls puis niveau 4  lors d’un stage de 15 jours. 

On logeait chez Dédé, un ancien plongeur de Banyuls pour 20/25 euros, logé nourris blanchis… Un stage très intense mais exceptionnel  riche en émotions et en sensations.

Puis il passe son MF1 (Moniteur Fédéral) et entre au club associatif des  STAPS, le club subaquatique Ramonvillois qui est devenu aujourd’hui le  TUC Plongée (Toulouse Université Club Plongée). 

Les adhérents étaient des habitants de Ramonville. Le lundi les adultes,  le vendredi les enfants. Ils venaient deux fois par semaine à la piscine et 

cela nous permettait de faire nos armes en tant que moniteurs de plongée.

 Au bout de sa licence, après plusieurs stages en établissement scolaire  (lycée, collèges), Loïc se rend compte que prof n’est pas vraiment sa  vocation… 

Ce n’était pas ma philosophie, je trouvais que l’on était trop des flics  même s'il y avait des classes supers et puis étant attaché à mes racines familiales je ne voulais pas monter à Paris et y passer 10 ans. De toute  façon, dans ce système, soit tu débarques à Paris, soit tu te retrouves  au fin fond de la Creuse. Dans les deux cas, j’étais loin de la mer…  

Il souhaite s’engager dans une autre licence, spécialité subaquatique  pour devenir maître nageur et avoir un métier avec des débouchés. Puis il est tenté par la conception de nouveaux produits. 

Exemple, les mecs qui ont inventé la tente 2 secondes, ou mis au point le masque facial de plongée intégral, ce sont des génies… J’adorais ce  concept.

Mais le parcours pour chapeauter une équipe dans l’innovation produits  est assez dense et complexe avant d’arriver à espérer de tenter d’entrer  dans ce genre de service de pointe. Il est découragé et se propose de  faire un break pour voir le monde avant de reprendre le Master. A 21  ans, Il annonce à ses parents qu’il part 9 mois en Asie… Sa maman ne prend pas bien la chose, mais son père et sa sœur pensent qu’il faut le laisser faire. S’il se trompe, il reviendra bien assez  tôt…

Bali, Java, Thaïlande, et au bout de deux mois mes parents m'annoncent qu’ils viennent me rejoindre au Vietnam (destination non prévue  au programme…)  

Donc je suis allé en Birmanie pour passer au Vietnam. Un pays qui s'ouvrait juste au monde. Aucun tourisme de masse, des gens et des expériences vraies. Ce fut un véritable coup de cœur pour cet endroit, la  plus belle expérience de vie dans cette région…  

Birmanie, Cambodge, Laos… Il retrouve sa sœur dans le Nord du Viêt Nam et descend avec elle dans le Sud pour retrouver leurs parents avec  lesquels il va... remonter dans le nord !

Puis, il parcourt avec son père, tout le nord du pays en moto et sac à  dos. Un bon moment de complicité inoubliable…

En Asie, j’ai plongé énormément !  

Thailand, Java, Philippines, etc…  

Mais je ne travaillais pas, car pour ce faire, il me fallait rester au minimum 3 ou 4 semaines au même endroit… Impossible, trop de choses à  voir ! 

 En Thaïlande, il s’offre pour Noël, une croisière de plongée, puis part au  Sud et aux Philippines où il reste presque 2 mois…

J’ai fait pas moins de 80 plongées sur 40 jours… soit 2 fois par jour !  

Il est basé du côté de Anda, puis file à Padre Burgos, lieu perdu au bout du monde ou il n’y a rien à faire sauf plonger pour essayer de voir des requins baleines en liberté. Son meilleur souvenir de plongée.  

Je suis monté avec deux pêcheurs sur une « Banka », une barque locale  très colorée avec un balancier de chaque côté. Y en a un qui navigue et  l’autre qui regarde l’eau avec un masque de fabrication locale, c'est-à- dire, une simple vitre insérée dans un cadre de bois… Quand ils aperçoivent un requin baleine, tu sautes à l’eau, avec masque, palmes et  tuba. Après une apnée je me retrouve juste derrière lui, proche de la queue et je palme comme un fou pour le suivre tout en mitraillant de photos. J’avais la queue qui ondulait à 1 mètre devant moi, je ne voyais presque pas son corps, juste sa queue et j’étais complètement fasciné. Je n'oublierai jamais le sentiment de puissance que dégageait cet animal qui mesurait environ 3 ou 4 mètres. A chaque légère ondulation de sa queue, il avançait sans effort, alors que moi, avec mon masque et mes palmes javais de la peine à le suivre. J’ai encore les photos sur mon téléphone…  

Un instant magique, inoubliable !  

Mais soudain, Loïc s’arrête de parler car il vient de repérer des petits  points noirs venant crever la surface, au milieu des vagues, à une  bonne centaine de mètres du bateau. Fin de plongée ! 

Vite il s’affaire et se prépare à recueillir tout le monde. Il y a du courant, donc il faut aller les chercher. En quelques secondes, le bateau glisse sur l’eau et part à la rencontre des palanquées. 

Une fois à bord, chaque personne récupère un peu avant de préparer  sa deuxième bouteille pour la deuxième plongée, qui aura lieu après 1 heure de pause obligatoire… Histoire de petites bulles d’azote dans le sang qui doivent s'évacuer avant de replonger. 

Une fois que tout le monde est prêt, petite collation ! 

Laure et Mathilde, en clientes fidèles, ont apporté les viennoiseries  qu’elles distribuent aux ventres affamés… 

Pendant ce temps, Loïc est aux commandes pour retraverser la Passe  des fous et Solène nous donne un petit cours d’histoire sur ce fameux  rocher. Au cours de cette petite explication, elle aborde l’aspect géologique de cette formation rocheuse puis l’aspect historique. En pleine période Napoléonienne, les Anglais s’emparent du rocher, et le fortifient en janvier 1804 afin de contrer les attaques des corsaires Français envers leurs navires faisant route vers l'île de Ste Lucie, à 103 km de là… Et ne sait-on jamais, car nous étions en pleine époque Napoléonienne, faire un éventuel blocus de la Martinique, si besoin… Ce gros rocher a donc servi de garnison puis d’infirmerie car les Anglais de Ste Lucie ayant attrapé la Dengue y étaient exilés en quarantaine. Puis le 2 juin 1805, après une bataille de plusieurs jours, les Français reprirent le rocher qui était considéré comme un navire par les Anglais,  le « HMS Diamond Rock ». L’emplacement des batteries de canons, la réserve d’eau et l’infirmerie sont toujours visibles. Petite anecdote, certains Anglais sont encore persuadés que le rocher appartient toujours à l’Empire Britannique, en l’an de grâce 2024… 

Loïc quitte la Passe des Fous en doublant « La Pointe du Diamant ».  Nous sommes enfin abrités par les mornes hauts qui forment le relief de  l’île et les eaux sont beaucoup plus calmes. Nous arrivons bientôt à  « La Petite Sirène » où pendant cette dernière heure, quasiment toute la faune de la région défilent sous nos yeux, jouant à cache-cache entre les gorgones, les éponges et  autres concrétions rocheuses… Nous sommes immergés dans un aquarium grandeur nature ! 

Puis c’est le retour à la base, où les moniteurs vont se restaurer avant  de repartir proposer des baptêmes aux touristes de passage à  Grand’Anse. 

Trois plongées par jour

Trois plongées par jour, c’est le rythme que nous avons habituellement.  Ici, les spots de plongée sont archi connus et très appréciés des amateurs de belles balades sous-marines.  

Vers 18h, rendez-vous avec Loïc au « Pélican », pour finir son histoire.  Nous sommes attablés devant une bière locale très appréciée pour son  petit goût de paradis. Petit à petit, le soleil prend une teinte orangée. La  mer des Caraïbes se couvre d’or, contrastant avec le dégradé du ciel,  qui nous offre toute sa palette des couleurs du couchant. Les bateaux,  tels des ombres chinoises, se découpent sur ce décor de rêve. Ce soir  pas de nuages à l’horizon, nous allons donc apercevoir le fameux rayon  vert, juste quelques secondes après que le soleil ait disparu dans les  flots. Moment unique, moment magique…  

Quand je suis rentré d’Asie, j’ai travaillé à Banyuls avant de tenter de  passer mon diplôme d’état pour pouvoir continuer à enseigner jusqu’à  40 mètre, le BPJEPS ne permettant que de plonger à 20 mètres  J’essaye Montpellier où je ne suis pas pris : J’ai déprimé à fond et j’ai  passé des moments assez complexes qui ne m’ont pas rendu heureux…  

L’été, saison en Corse qui remonte le moral à 3000. Fin de saison, un  ami rencontré à Java lui propose de découvrir l’Amérique du Sud.  Equateur, Pérou, Bolivie, Chili, sans plonger…  

Après ce périple, retour vers de l’eau, et le routard s’installe au Mexique  pour s’établir comme moniteur de plongée dans le Yucatan sur une petite île à Cozumel pas loin de Playa Del Carmen. Puis visite de Tulum  pour découvrir les Cenotes, ces fameuses grottes immergées en plein  milieu des terres. 

J’ai beaucoup plongé là-bas car j’ai adoré ces flots limpides. L’eau est  tellement claire et translucide, qu’elle en devient invisible et on a l'impression de voler. C’est dingue, c’est inimaginable, fantastique !

Puis retour à Cozumel pour travailler dans une auberge de jeunesse et  dans un club de plongée « le Nirvana » pour faire encore de très belles  plongées. 

Hélas, le décès de Thibault, son meilleur ami, lui fait faire un aller/retour  à Toulouse. Un mois plus tard, la Covid 19 fait son apparition… 

Je devais bosser la saison d’été en Corse et le gars m’appelle pour  m’expliquer combien cela risque d’être compliqué… J’apprends le  concept du confinement, c'est-à-dire que tout se bloque, plus rien ne  fonctionne, frontières fermées, chacun chez soi… Vu du Mexique cela  me paraissait surréaliste et je n’y croyais guère.

Mais, la réalité le rattrape et il arrive à rentrer en France de justesse…  Encore dévasté par le décès de son ami, il a du mal à s’imaginer vivre  seul chez ses parents. Heureusement des copains l’ont invité à passer  le confinement en collocation avec eux.  

Cela m’a aidé à traverser les moments difficiles de l’après Thibault.  

Puis, il passe son DE (Diplôme d’Etat) avec le désir de partir en Polynésie. Mais à cette époque, grosse résurgence de la Covid du côté de Tahiti… Loïc hésite à se lancer, avant de tomber sur l’annonce d’un club cherchant des plongeurs, ici en Martinique.

Un club qui se créait et cherchait une nouvelle équipe. Tout était neuf et  j’y vois l’opportunité d’un travail à long terme, voire de passer en CDI un  peu plus tard. Cela correspondait à mon réel désir personnel de réussir en trouvant un boulot à l’année !  

Arrivé avec l’intention de faire une première saison de 6 mois, les dirigeants du club lui proposent un CDI.  

J’étais bien, installé en Colloc à Ptit’Anse à quelques kilomètres d’ici,  un endroit magnifique et calme.

Voilà maintenant deux ans et demi que Loïc vit en Martinique. La plongée est une passion dévorante qui demande de progresser sans  cesse, en acquérant d’autres compétences en permanence. 

Je fais ce que j’ai toujours voulu faire, enseigner et transmettre ma passion ! 

Il y a le côté tek de notre métier qui est passionnant mais le cœur de  notre métier en plongée c’est le baptême et le niveau 1. Ces deux activités sont ultra récompensantes car tu pars de rien et tu fais découvrir un univers exceptionnel à des gens peu rassurés, voire parfois très inquiets… Mais, les voir ressortir avec des paillettes dans les yeux et entendre un gamin qui ne cesse de te remercier car « C’était  trop bien ! » Il ny a rien de plus gratifiant, et cela me permet de garder en mémoire que je fais un métier exceptionnel !  

Mais, même en Martinique, et malgré cette flore et cette faune exceptionnelle, Loïc pense qu’il est possible de tomber dans les habitudes et la lassitude…  

Il a décidé que le jour où il part plonger par habitude sans tenir compte  de l’exceptionnalité de la chose, il faut qu’il arrête. S’il n’y a plus de  passion, impossible de la transmettre… Ce qu’il aime par dessus tout,  c’est les regards émerveillés des nouveaux plongeurs après la balade lui posant mille questions :  

C’était quoi ce serpent, ce gros poisson, ces petits bleus, ces algues rouges ?  

Cela lui permet de ne pas oublier que ce qu’il est en train de transmettre est juste exceptionnel. Et cela le reconnecte à la réalité, à sa première plongée ! 

Souvent entre nous on se dit qu’on a tous commencé par un baptême.  On fait un baptême et on finit moniteur…  

Dans un baptême, tu peux transmettre plein plein de choses. Tu peux  rassurer, mettre des étoiles dans les yeux, tu peux presque soigner des  gens sur leur propres peurs. Dernièrement une personne ayant failli se  noyer est venue plonger pour sa propre thérapie. Elle voulait respirer sous l’eau !  

Il faut y aller en douceur, lui faire appréhender le milieu, lui montrer la vie  qu’il y a en dessous… tout ça pour lui permettre de passer un cap et  d’aborder une nouvelle étape de sa vie… 

 L’émotion est palpable, chez ce grand gaillard…  

Pour lui, le but d’un baptême c’est d’arriver à mettre la tête sous l’eau, ce n’est pas de descendre. C’est aussi et avant tout, l’idée apparemment simple d’oser mettre un détendeur dans la bouche pour respirer normalement et observer la faune et la flore qui se trouvent sous l’eau… Quand une personne ressort en lui déclarant avec enthousiasme qu’elle a passé un moment complètement fou, c’est pari gagné ! 

Ce sentiment de partage et de liberté est important pour ce plongeur  aguerri. Il ne pourra plus jamais faire un métier enfermé quelque part.  

Genre, arriver le matin, travailler dans une boîte de conserve sous les  halogènes et en sortir quand il fait nuit, c’est impossible ! Le jour où je serai obligé de subir ça, il sera temps pour moi de savoir rebondir… Si on m’enlève de la mer pour me remettre dans un bureau, ce sera très compliqué… Au pire, un bureau au bord d’une plage dans un centre de plongée !  

Au niveau du cadre de vie, Loïc se sent bien là où il se trouve actuellement… L’amour a frappé à sa porte et avec Chloé qui ne travaille pas  du tout dans le milieu de la plongée sous-marine, le couple cherche à s’installer quelque temps dans ce département ultra-marin. Ils souhaitent investir dans un logement, quitte à le mettre en location si l’aventure continue sous d'autres cieux.  

A court terme c’est un investissement pour nous et si on doit partir ce  sera un investissement à long terme…  

Pour le moment, je suis dans la plongée un peu technique avec le Triton, le recycleur, le Nitrox et j’ai vraiment envie de développer cette activité au sein du club…  

Au début, Loïc ne comprenait pas le côté technique de la plongée. Il  croisait souvent des types qui se trimballaient avec des bouteilles différentes, pour plonger au Trimix ou autre et cela le dépassait complètement. Aujourd’hui, il fait la même chose…  

Je suis comme eux car je pense que c’est comme la plongée, une fois  que tu y a goûté, soit tu aimes soit tu n’aimes pas ! C’est un renouveau, une véritable évolution et remise en question, une façon de sortir de la banalité et de progresser en permanence. Au club, je suis le seul à enseigner la plongée au recycleur et plonger avec cet équipement, c’est revoir complètement sa façon d’enseigner, car c’est un système totalement nouveau !  

J’ai à cœur de développer cette technique au nom du club, car c’est  quelque chose qui doit être connu et enseigné au plus grand nombre.  

Le principal avantage de plonger au recycleur, c’est le silence !  Il n’y a même pas le bruit de ses propres bulles… Avec ce principe, on est dans un silence quasi total, attention pas dans le monde du silence ! 

On entend tous les bruits sous-marins, les poissons qui grattent le  sable ou qui picorent des anémones, les crépitements des crevettes,  des crabes… On entend tout ! 

Suivant la saison, les plus chanceux peuvent entendre le chant des baleines qui s’ébattent à plus de 10 miles au large… 

De plus, avec ce respirateur il est possible de rester longtemps dans  l’eau, même en profondeur (vers les 40 m), et les plongées peuvent être plus sécuritaires, tout en étant plus longues.  

Le circuit fermé c’est comme des faux poumons. Donc j’y mets l’air que  je veux… Que je sois en surface ou à 30 m je vais respirer le meilleur  mélange à chaque fois avec un minimum d'azote qui sera analysé par mon ordinateur de plongée. Et si il y a moins d’azote, il y a moins de paliers. C’est la promesse de plonger avec beaucoup plus de liberté… 

Je suis heureux ici !  

Ce qui donne un sens à ma vie, c’est transmettre, faire de belles plongées, et vivre ici avec Chloé. En fait, c’est une corrélation de plusieurs facteurs qui permettent de me sentir à la bonne place au bon moment ! 

La seule chose qui lui manque vraiment c’est la famille. Il vient d’être  tonton depuis quelques jours et aimerait bien voir grandir son neveu.  L’autre difficulté, c’est que la vie est chère sur les îles… 

On trouve facilement de bonnes choses, fromages, vins saucissons ou autre mais il faut y mettre le prix…  

Peut-être qu’un jour, il ouvrira son propre centre, mais pas avant  quelques années… Avant ça, il aimerait bien se rendre en Polynésie, car un de ses objectifs de vie, c’est d’aller voir des requins, et de plonger avec des raies Manta… 

 Cet endroit du globe, compte parmi les plus belles plongées du monde, alors ça vaut peut être le coût d’aller y jeter un p’tit coup d'œil…  

Avant de nous quitter, Loïc, cet homme au grand cœur, tient à partager  une dernière anecdote.

 Aujourd’hui j’ai fait plonger deux petits loulous, pour la première fois. Ils sont ressortis avec des étoiles dans les yeux et au retour, même si nous étions hors plongée, je leur ai fait piloter le bateau. Ils sont montés sur une petite caisse et ont tenu la barre quelques instants. Ils conduisaient le bateau !!!  

Ils étaient fiers et heureux d’avoir eu cette responsabilité pendant quelques minutes et m’ont regardé avec de la brillance dans le regard en disant  « Ouais, c’est vraiment trop cool ! »  

Et ça, j’adore ! 

Je leur ai donné un conseil, celui de persévérer. Sous l’eau, ils n'arrivaient pas à faire des ronds avec leurs bulles… Je leur ai expliqué qu’aujourd’hui ils ne savaient pas le faire, mais qu’en essayant un peu tous les jours, ils y arriveraient…  

Je pense que c’est ça le message important pour moi, car malgré les  écueils sur le chemin de la vie, sans persévérance, il n’y aurait pas eu la  plongée au niveau professionnel. Sans elle, je ne vivrais pas ici, je n'aurais pas rencontré Chloé et je ne serais pas un homme heureux !

 

Philippe Vignon

Juin 2024


 


 

Loïc Honoré moniteur de Plongée
Loïc Honoré moniteur de plongée
Loïc Honoré moniteur de plongée
Loïc Honoré moniteur de plongée
Loïc Honoré moniteur de plongée
Loïc Honoré moniteur de plongée
Loïc Honoré moniteur de plongée
Loïc Honoré moniteur de plongée
Loïc Honoré moniteur de plongée
Loïc Honoré moniteur de plongée
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